Montessori en classe : pourquoi l’adopter ?

Montessori en classe : pourquoi l’adopter ?

Vous avez sûrement beaucoup entendu parler de la pédagogie Montessori. Il y a ses fervents adeptes et ses farouches détracteurs. Il n’est pas question dans cet article d’essayer de vous convaincre à tout prix mais plutôt de vous parler de mon expérience personnelle. Avant de vous parler des avantages que j’y ai trouvés, je voudrais tout simplement vous raconter pourquoi j’ai introduit la pédagogie Montessori en classe. 

Après dix ans de carrière, enseigner ne faisait plus de sens pour moi. Je travaillais par petits groupes hétérogènes, je proposais des ateliers autour de thèmes que j’avais choisis et ça ne fonctionnait pas. J’avais l’impression de passer mes week-ends à chercher et à fabriquer des ateliers et j’en oubliais mes élèves et leurs besoins. Je me sentais perdue et démotivée. Alors j’ai décidé de franchir le pas et d’essayer d’individualiser davantage les apprentissages que je proposais. C’est ainsi que la pédagogie Montessori est entrée en classe.

Adapter la pédagogie Montessori en classe

Je ne suis pas dans une école Montessori mais dans une école publique en Rep. Aussi, je n’applique pas la pédagogie Montessori à la lettre. Je ne suis pas une puriste et vous pourrez retrouver à redire vu que je ne respecte sûrement pas exactement ses préconisations. Je me suis inspirée de sa pédagogie pour la mettre en place dans ma classe. Et je l’ai adaptée à mon école, à ma classe et à moi-même car je suis persuadée que la pédagogie que l’on met en place doit nous correspondre. Il faut se sentir bien dans sa classe et dans sa pratique pour bien enseigner.

” On n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est. ” Jean Jaurès

Introduire la pédagogie Montessori en classe, c'est rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages

Les élèves participent activement dans la classe : ils choisissent l’activité qu’ils vont effectuer. Ils la choisissent en fonction du domaine qu’ils veulent étudier (les nombres, les sons, …) mais aussi en fonction de leur disponibilité du moment. Des enfants entrent dans les apprentissages très vite, d’autres ont besoin de s’y mettre tranquillement. Certains vont commencer par un atelier qui demande beaucoup de concentration, d’autres vont préférer commencer par un atelier qu’ils maîtrisent parfaitement afin de prendre confiance avant de se lancer dans de nouveaux apprentissages. Les élèves n’attendent plus que je prenne en charge les apprentissages, c’est à eux que revient cette charge : ils en sont responsables.

Non seulement les élèves décident eux-mêmes de ce qu’ils vont apprendre mais en plus ils valident personnellement leur activité. Le matériel mis à leur disposition doit être auto-correctif, ce qui permet aux enfants de s’évaluer eux-mêmes. Ils apprennent à avoir un regard critique sur leur propre travail. Ainsi ils deviennent autonomes  du début de l’activité à sa fin. Ils se détachent petit à petit du regard de l’enseignant.

Evidemment, tous les élèves ne parviennent pas à gagner cette autonomie facilement. C’est là que j’interviens. Parfois je les guide dans le choix de l’atelier quand ils sont trop indécis. Certains n’ont besoin que d’un seul regard pour les conforter soit dans leur choix, soit dans leur réussite. L’important est de toujours les emmener tranquillement sur le chemin de l’autonomie.

Créer une ambiance sereine dans la classe

Une ambiance tranquille

Ce que j’apprécie depuis que j’ai introduit la pédagogie Montessori en classe, c’est le calme qui y règne. Je ne parle pas forcément de silence (même si cela fait partie intégrante de cette pédagogie) mais aussi du temps. Je n’ai plus l’impression de les presser, de toujours leur demander de se dépêcher pour finir. Avant quand j’organisais la classe par ateliers tournants, j’avais toujours les yeux sur l’heure pour être sûre que les élèves auraient le temps de faire les activités que j’avais prévues sur la journée sinon cela aurait tout décalé.

Aujourd’hui, les enfants ont le temps de faire l’activité (parfois certains n’en font qu’une pendant que d’autres en font trois) et même de la refaire. J’apprécie de les voir s’acharner sur une activité jusqu’à qu’ils la réussissent, j’apprécie aussi qu’ils puissent refaire une activité qu’ils maîtrisent parfaitement pour ressentir la fierté de réussir. Chaque élève avance à son rythme, ce n’est plus moi qui donne le rythme à suivre. Je leur fais confiance en étant persuadée qu’ils apprennent chaque jour et le plus important à mes yeux, c’est qu’ils apprennent à se faire confiance. Cette capacité leur sera utile tout au long de leur vie.

Un cadre rigoureux

Mais introduire la pédagogie Montessori en classe ce n’est pas laisser les élèves faire ce qu’ils veulent. En début d’année, j’installe un cadre de travail très précis : on chuchote, on se déplace calmement, on choisit un atelier ou on observe un de ses camarades, on respecte le travail des autres (on ne les dérange pas pendant qu’ils font un atelier) et on ne prend pas un atelier si celui-ci est déjà pris par un autre élève. Toutes ces règles, inspirées de la pédagogie Montessori, sont très importantes pour maintenir une ambiance sereine dans la classe.

S'inspirer de la pédagogie Montessori en classe, c'est accepter de changer de posture d'enseignant

L'enseignant observe

Quand on fait rentrer la pédagogie dans sa classe, il faut accepter de passer du devant de la scène aux coulisses. Je m’explique : il faut savoir se faire oublier, laisser les élèves prendre les rênes. Vous vous demandez probablement “mais que fait-on alors ?”. L’enseignant observe. 

Je dois dire que c’est sûrement ce qui m’a le plus mis en difficulté. Tout d’abord, j’ai eu l’impression de ne pas assez travailler, j’ai culpabilisé. Et puis, je me suis rendue compte que je ne savais pas quoi observer. Se mettre en retrait, tenir un rôle d’observateur n’est pas aussi facile qu’il y paraît aux premiers abords. J’ai commencé à regarder le résultat des activités. Est-ce qu’il y arrive ? Est-ce qu’il réussit ? Et puis très vite, j’ai compris que j’avais accès à une multitude d’autres informations. L’enfant se concentre-t-il sur la durée de l’activité ? Cherche-t-il le regard de l’adulte pour avoir son approbation ? Observe-t-il les autres ? Détourne-t-il l’atelier présenté ? Grâce à tout cela, j’ai commencé à mieux cerner mes élèves, à mieux les comprendre et donc à mieux répondre à leurs attentes. Aujourd’hui, je me sens plus proche d’eux. Et pourtant, j’essaie de faire en sorte qu’il m’oublie.

L'enseignant prépare

L’enseignant est non seulement un observateur mais aussi un préparateur. Je ne suis d’ailleurs pas encore à l’aise avec ce rôle. Comme je l’ai dit, il faut travailler en coulisses : aménager l’espace de manière à ce que les élèves s’y repèrent facilement, à ce qu’ils trouvent une place pour travailler. Mais cela ne s’arrête pas là. Il faut également veiller à garder le matériel en état et bien rangé. Ce qui peut paraître facile mais avec le nombre d’ateliers proposés, il faut être vigilant. J’ai encore des progrès à faire à ce niveau là car je n’ai pas encore assez de rigueur. Je repousse souvent cette tâche au lendemain et cela pose parfois des problèmes quand l’enfant ne peut pas finir l’activité car il manque une pièce (qui a roulé sous un meuble par exemple).

Adopter la pédagogie Montessori en classe, c’est accepter de passer de la lumière à l’ombre mais c’est surtout accepter de laisser les élèves sous les projecteurs. Je remarque que maintenant même dans des activités autres que celles de type Montessori, je vais réussir à m’effacer et à laisser davantage la parole aux enfants.

Montessori en classe ce que cela va changer pour vous

Quel est le bilan que je retire après plusieurs années à m’être inspirée de la pédagogie Montessori en classe ? J’ai retrouvé le bonheur d’enseigner. J’ai réussi à redonner du sens à ce que je faisais. Les élèves sont redevenus le centre de mon attention.

Mais j’ai réalisé qu’il n’y avait pas que les savoirs que je transmets qui sont importants mais aussi la manière dont je les transmets. Je suis convaincue qu’on ne peut apprendre que lorsque l’on se sent bien en classe. L’important c’est le bonheur que je lis dans les yeux de mes élèves lorsqu’ils entrent en classe.

J’ai trouvé tout cela en adaptant la pédagogie Montessori à ma classe même si je ne pense pas que ce soit la seule façon d’y parvenir. Mais, en tout cas, cela a fonctionné pour moi. Alors peut-être que cela pourra fonctionner pour vous aussi si vous êtes à la recherche d’une autre façon de faire, d’une autre façon de regarder vos élèves.

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